Arènes 2017

L’immobilier est-il toujours

une valeur refuge ?

En période d’instabilité économique et politique, les Français sont tentés d’investir dans la pierre pour sécuriser leur retraite ou se constituer un patrimoine. Si les taux d’emprunt sont historiquement bas, le regain d’activité relance actuellement la hausse des prix. Dans ces conditions, l’immobilier peut-il constituer un bon investissement ? Question à un expert : Gilles Laumesfelt, gestionnaire de patrimoine à Nîmes (ACCI PLUS PATRIMOINE), co-fondateur des Arènes du Patrimoine.

Gilles Laumesfelt, Acci Plus Patrimoine
Gilles Laumesfelt, Acci Plus Patrimoine

Même si les conditions de crédit sont actuellement favorables, les prix s’envolent dans certaines villes. Est-ce vraiment le moment d’acheter ?

Le marché est devenu très complexe et inégal sur le territoire. A mon sens, le terme même de « marché de l’immobilier » n’existe plus ; il a fait place à une kyrielle de marchés tant en question de la fluctuation des prix que de la qualité des biens. D’énormes différences existent d’une ville à une autre, et à l’intérieur même d’une ville, d’un quartier à un autre. Dire que le marché de Montpellier baisse de X% et celui de Toulouse monte de X% n’a aucun sens. Il faut écouter de façon distante toutes ces analyses. L’approche est faussée. La bonne échelle est, selon moi, celle du quartier. Cette notion de micro-marché territorial est indispensable à comprendre pour investir.

Les prix repartent tout de même globalement à la hausse. L’immobilier neuf peut paraître cher. Comment l’expliquer ?

Certains disent que la situation est liée au prix du foncier. Personnellement, je dirai plutôt que ce marché est pénalisé par l’hyper-réglementation qui peut engendrer un surcoût jusqu’à 25% à la construction : 100% des lots doivent être aujourd’hui adaptés aux personnes handicapées, les normes incendies sont drastiques, certains parkings dans les villages doivent être obligatoirement en sous-sol, etc. A regarder de près la législation, il y a bon nombre d’aberrations qui ont un coût disproportionné…

Dans ces conditions, l’immobilier reste-t-il un bon placement ?

Oui, l’immobilier reste une valeur refuge car, par définition, il est moins soumis à la volatilité des marchés financiers. Mais le choix d’investissement est désormais plus difficile à réaliser et nécessite une plus grande expertise ainsi que des recherches plus fines en ayant conscience, comme je vous l’ai dit, de micro-marchés. Dans l’immobilier, il y a trois règles à respecter : l’emplacement, l’emplacement et l’emplacement ! Pour l’immobilier locatif, là aussi, une règle de bon sens : étudier la cohérence entre l’offre et la demande. Inutile d’acheter un appartement neuf dans certains quartiers de Carcassonne pour défiscaliser en Pinel alors que la ville a perdu plus de 800 habitants en cinq ans (La Dépêche).

Si un acheteur a réalisé un mauvais investissement dans la pierre. Lui conseillez-vous d’attendre ou de vendre ?

C’est une vraie question de gestion de patrimoine et d’analyse de marché ! Un bien a toujours un point bas de valeur. Aujourd’hui, on estime que la rendement moyenne tourne entre 3 et 4% dans le neuf et de 4 à 5,5% dans l’ancien. Prenez Béziers qui souffre depuis 30 ans, le marché est en train de remonter, mieux vaut donc attendre (Midi Libre). Dans d’autres endroits, il faut accepter de vendre, de perdre un peu d’argent, pour investir ailleurs.

L’un des problèmes de l’investissement locatif est la crainte d’un locataire qui ne paie pas ou plus…

Oui, c’est vrai. Les locataires sont très protégés en la matière par rapport aux propriétaires. L’une des solutions est la pierre-papier : plus besoin de passer devant notaire ni de gérer de locataire. Des SCPI (Sociétés civiles de placement immobilier) collectent des fonds auprès des particuliers pour les investir dans des actifs immobiliers pour vous. L’autre solution est d’investir à l’étranger comme en Allemagne, où l’immobilier n’est pas cher et où un fonds public de solidarité se substitue en cas de locataire défaillant.

L’immobilier d’entreprise peut-il être une piste intéressante d’investissement ?

S’il s’agit d’acheter les locaux pour votre entreprise, il faut bien réfléchir à l’adaptation des locaux aux besoins de l’activité. Il n’y a pas que l’emplacement qui compte dans ce cas-là. Si vous êtes architecte, que vous achetez vos bureaux et que vous voulez ensuite le revendre à des médecins, il faudra penser au fait que les questions du stationnement, de proximité du centre-ville et de rue passante sont primordiales. S’il s’agit d’investir pour louer, la priorité est de regarder le locataire. Pour financer son développement, EDF a, par exemple, vendu certains de ses locaux en y restant locataire. Investir là est une véritable valeur refuge : le contrat est ferme et le locataire a les reins solides ! Pour ce type de marché, il existe désormais des sociétés spécialisées, des asset manager ( L’Etudiant).

Propos recueillis par Gwenaëlle Guerlavais

Arènes 2017

Comment réduire ses droits de succession ?

Le décès d’un proche est toujours un moment douloureux. Passées les formalités administratives, l’ouverture de la succession devant le notaire peut réserver de mauvaises surprises lorsqu’il convient de s’acquitter des droits de succession. A moins d’avoir judicieusement anticipé ! Explications et conseils d’un expert : Lionel Guinault, notaire à Baillargues, membre des Arènes du Patrimoine.

notaire à Baillargues
Lionel Guinault, notaire à Baillargues

Quelles sont les règles à connaître pour estimer ses droits de succession ?

Avant de répondre à votre question, permettez moi d’opérer un bref retour sur l’origine des droits de succession. Notre système est hérité de la Révolution ; le principe, républicain dans sa philosophie, est d’éviter de concentrer le patrimoine du pays dans les mains de quelques familles et de creuser les inégalités sociales. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, tout le monde était soumis à un tarif proportionnel unique (à l’image du système applicable actuellement aux États-Unis).

La loi du 25 février 1901 a instauré la progressivité, c’est-à-dire que les tarifs sont fonction des différents degrés de parenté entre le défunt et ses héritiers et de la valeur des biens transmis à ces derniers.

Pour estimer le montant des droits de succession, il convient tout d’abord de déterminer votre base d’imposition en déduisant de la valeur des biens reçus les éventuels abattements applicables (article 779 du Code général des impôts). A cette base d’imposition est ensuite appliqué un tarif en fonction de votre lien de parenté avec le défunt(article 777). La taxation peut ainsi varier en fonction des circonstances de 0 à 60 % de la valeur des biens transmis…

Zéro frais de succession ?

Oui, c’est tout à fait possible et, de fait, bien plus courant qu’on ne le pense ! Prenez le cas classique d’un couple, avec deux enfants, qui possède une maison d’une valeur de 400 000 €. Si ceux-ci viennent à décéder ensemble, la maison sera transmise à leurs enfants sans droits. En effet, chacun des parents aura transmis sa part dans la maison à chacun de ses enfants. Chaque enfant aura ainsi reçu une valeur de 100 000 € de chacun de ses parents, égale au montant de l’abattement applicable entre parents et enfants, soit une assiette taxable de… 0 € aboutissant à une absence de droits.

A l’inverse, si le même bien devait être détenu par un seul parent et transmis à un seul enfant, le montant des droits serait quasiment de 60 000 €, d’où le risque de devoir procéder à la vente du bien pour régler le montant de l’impôt…

Quel serait votre premier conseil ?

Le maître-mot est : AN-TI-CI-PER ! Il faut d’abord s’intéresser à la situation et à l’organisation patrimoniale de votre couple. Les biens transmis entre concubins sont ainsi taxé au même tarif qu’entre étranger, à savoir 60 % ! Se pacser est ainsi vivement recommandé de ce point de vue-là, si on veut protéger sa moitié. Dans le même esprit, il convient de s’intéresser à l’enrichissement du couple ; si celui-ci est trop inégal, le risque est de ne pas pouvoir profiter à plein des abattements d’un des époux comme l’illustrait notre exemple ci-dessus. Le choix du régime matrimonial est ici aussi fondamental.

Peut-on véritablement arriver à effacer tout droit de succession ?

Encore une fois, si vous anticipez bien la situation, les possibilités d’optimisation sont très importantes. Ainsi, outre l’incidence d’un bon équilibre patrimonial dans le couple, un outil d’optimisation consiste à transmettre de son vivant. En effet, le tarif des droits de succession s’applique également aux donations, et l’abattement de 100 000 € en ligne directe peut être réutilisé tous les 15 ans. Transmettre suffisamment tôt de son vivant permet donc de profiter dudit abattement plusieurs fois. Dans la même logique, il peut être intéressant de songer à enrichir la génération suivante, voire celle d’après, en gratifiant ses petits enfants à travers un « saut de génération ».

Sauf qu’il peut arriver des mésententes familiales. Que se passe-t-il dans ce cas-là ? Le risque n’est-il pas de se voir dépossédé de son propre patrimoine par ses héritiers ?

En effet, toute donation suppose un appauvrissement du donateur et doit être mûrement réfléchie. Toutefois, de nombreux outils existent afin de permettre au donateur de conserver une certaine maîtrise des biens transmis. Cela passe tout d’abord par les conditions imposées dans un acte de donation qui est, rappelons-le, un contrat. Le donateur peut ainsi interdire de vendre ou hypothéquer un bien sans son accord, de l’apporter en communauté, etc. Cela passe ensuite par l’emploi de cadres juridiques adaptés à l’image de la SCI, qui permet de transmettre un bien tout en conservant le pouvoir de gestion de ce dernier. Enfin, l’éventail des solutions en la matière ne serait pas complet si nous n’évoquons pas le démembrement de propriété, d’autant que le démembrement de propriété constitue également un facteur d’optimisation des droits de transmission.

En quoi consiste ce démembrement de propriété ?

Pour schématiser, le droit de propriété est constitué de trois composants : le droit d’user du bien, le droit d’en percevoir des revenus et le droit d’en disposer (le vendre ou le donner). Les deux premiers (usage et perception des fruit) constituent l’usufruit, le dernier (disposer) la nue propriété. Il est ainsi possible de ne transmettre qu’une composante de la propriété d’un bien (la nue propriété) tout en conservant le droit d’en user et d’en percevoir les revenus (l’usufruit). L’avantage ici vient du fait que si vous ne transmettez qu’un seul composant de la propriété du bien, vous n’êtes taxé que sur la valeur de ce composant. La valeur de la nue propriété transmise dépend de la valeur de l’usufruit conservé par le donateur qui elle-même est liée à l’âge de ce dernier [1].

Reprenons l’exemple d’un bien d’une valeur de 400 000 € qui serait détenu par une personne seule âgée de 55 ans, ayant deux enfants. Si cette personne donne la nue propriété du bien en conservant l’usufruit, la valeur de l’usufruit sera égale à 50 % de la valeur du bien en pleine propriété, soit 200 000 €. La valeur de la nue propriété transmise sera donc égale à 200 000 €, soit 100.000,00 € par enfant. Cette transmission aboutira à une absence de droits si l’abattement entre parent et enfant n’a pas été consommé.

Mais la valeur de l’usufruit sera taxé au décès du parent qui a conservé l’usufruit ?

Justement non, au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint pour reconstituer la pleine propriété sur la tête de l’enfant. Et cette opération n’est pas taxée, ainsi qu’il ressort de l’article 1133 du Code général des impôts. Au final, si nous reprenons notre exemple, nous avons transmis un bien d’une valeur de 400 000 € sans taxation. Si la nue propriété avait été donnée par deux parents, c’est un bien d’une valeur de 800 000 € que nous aurions pu ainsi transmettre sans droits.

On ne transmet pas forcément que des biens immobiliers. Qu’en est-il des assurances vie ?

L’assurance vie constitue également un outil d’optimisation dans la mesure où son régime, tant civil que fiscal déroge au droit commun des successions. L’assurance vie connaît sa propre taxation qui permet sous certaines conditions de transmettre des capitaux sans taxation dans la limite de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I). L’assurance vie sera ainsi particulièrement intéressante dans des situations où la taxation serait autrement lourde à l’image d’une transmission entre « étrangers », taxée en principe à 60%.

Existe-t-il des dispositifs particuliers ?

Oui, il existe bon nombre de régimes fiscaux d’exception qui permettent de réduire sensiblement de coût des transmissions. Ces dispositifs s’appliquent en général à la transmission de certains biens, à l’image des bois et forêts, des terres agricoles données à bail à long terme ou encore des monuments historiques. L’un des plus connu est le régime dit « Dutreil », applicable en matière de transmission d’entreprise qui permet dans certains cas de cumuler une exonération partielle de 75 % et une réduction de droits de 50 %.

Propos recueillis par Gwenaëlle Guerlavais

[1] Barème de l’article 669 du code général des impôts

 

Arènes 2017

Pourquoi la « société civile » est-elle un bon outil de gestion de patrimoine ? 

La fameuse « SCI » est bien connue des épargnants, mais beaucoup en ignorent la portée réelle. Loin des fantasmes sur ses avantages fiscaux, la « société civile » (immobilière ou de portefeuille) se révèle très utile pour gérer son patrimoine et le transmettre sans les règles contraignantes de l’indivision. Questions à un expert : Yannick Bouet, gestionnaire de patrimoine à Nîmes (ACCI PLUS PATRIMOINE), co-fondateur des Arènes du Patrimoine.

Yannick BouetCommençons par le commencement : qu’est-ce qu’une « société civile immobilière » ?

La société civile est une personne morale qui permet à au moins deux personnes (physiques ou morales) – des associés – de gérer ensemble des biens, sans les contraintes liées à l’indivision. Cette forme de société, qui est très ancienne, est régie par le Code civil, et non le code commercial.  La société civile n’a donc pas le droit d’avoir une activité commerciale : elle ne peut pas, par exemple, faire de la location meublée. Certains contribuables ont parfois du mal à se faire à l’idée de créer une société et imaginer les tracasseries alors que le process est assez simple et qu’il suffit de procéder à l’assemblée générale annuelle autour d’un bon repas de famille à Noël, juste avant la bûche, par exemple !

Quels sont les avantages d’une SCI ?

L’intérêt est qu’avec elle, tout est possible ! Il n’y a pas de règles imposées – sauf celles qui contreviennent à la loi -, on peut donc faire du sur-mesure en fonction de la situation de chacun, ce qui est un avantage extraordinaire. C’est pour cela que la rédaction des statuts est une phase primordiale. Si vous procédez à un copier-coller de statut type sur internet, autant ne pas créer de « société civile » ! Les statuts définissent qui a le pouvoir de gestion, le mode de gestion, le déroulement des votes (multiples, à majorité qualifiée, etc.). Il faut être vigilant car plus vous donnez de pouvoir à un tiers, plus le risque d’abus est important. A contrario, à trop vouloir l’égalité entre associés peut amener à des situations de blocage en cas de désaccord : il est donc important de s’assurer d’un contrepouvoir, anticiper les abus et penser à des gérances successives est indispensable. On peut ainsi décider de dissocier la propriété de la gestion : vous donnez la propriété des parts sociales de la SCI à vos enfants, mais vous en gardez la gérance donc la gestion, voire le contrôle en fonction des pouvoirs octroyés à la gérance.

Dans quel cas recommandez-vous de recourir à une SCi ?

La SCI permet d’amoindrir les règles contraignantes d’une indivision qui nécessite l’unanimité pour toute prise de décision.  Ce n’est pas le cas avec la SCI, puisque le pouvoir et la propriété sont dissociés. La SCI permet aussi d’associer les enfants et les parents dans un achat immobilier, d’anticiper la transmission de son patrimoine ou même de séparer un patrimoine immobilier professionnel de son patrimoine personnel. Dans le cadre d’un achat immobilier, je peux ainsi transmettre la nue-propriété des parts sociales à mes enfants. A mon décès, l’usufruit des parts sociales de la SCI qui détient le bien sera transmis sans droit supplémentaire : l’enrichissement du patrimoine qui interviendra entre la donation de la nue-propriété des parts sociales et le décès de l’usufruitier sera transmis hors droit de succession… cela peut représenter de lourdes économies en termes de droits de succession ! Je préconise aussi la SCI dans le cas d’un investissement entre concubins ou partenaires pacsés, d’autant plus s’ils ont des enfants. En cas de décès d’un concubin en présence d’enfants mineurs, la SCI, selon la rédaction des statuts, peut nous épargner l’intervention du juge de tutelle lors de la mise en vente du bien détenu par la SCI. On peut aussi éviter de vendre le bien en cas de séparation…

Y-a-t-il un intérêt fiscal ?

L’avantage de la société civile est qu’elle peut être soumise à l’impôt sur le revenu voire à l’impôt sur les sociétés. Cette option fiscale ouvre des pistes de réflexion qui peuvent générer un intérêt fiscal. Cependant, attention ! chaque solution comporte des avantages et des inconvénients, cette option fiscale est irrévocable et peut générer plus de contraintes que d’avantages au final… Encore une fois l’avis d’un spécialiste est primordial !

Il n’y a pas que dans l’immobilier que l’on peut recourir à la « société civile ». Il existe aussi la société civile de portefeuille (SCP). Quelles différences ?

Le modèle est le même, seul l’objet social est plus large : on peut y trouver des actions, des obligations, des parts de SARL, des fonds communs de placement, mais aussi de l’immobilier. Cela forme, au final, comme un « pot commun » que l’on va gérer avec une rentabilité moyenne. La SCP est moins répandue car il faut posséder un portefeuille de valeurs important ; cette réflexion est à mener à partir de 400 000 à 500 000€ euros d’investissement, ce qui correspond généralement à des fins de carrière professionnelle ou une grosse rentrée d’argent… L’avantage de la SCP réside notamment dans le démembrement des parts sociales au profit des enfants : dans cette situation, nous pouvons considérer que nous avons construit un contrat d’assurance vie sur mesure. La particularité de cette solution est que l’univers d’investissement est nettement plus étendu que le contrat d’assurance vie. Cette solution n’est pas une alternative aux contrats d’assurance vie mais bien un investissement complémentaire qui peut facilement s’insérer dans une stratégie de transmission du patrimoine.

Quelles sont les avantages d’une SCP ?

La société civile de portefeuille permet d’avoir une vision globale de sa gestion de patrimoine, qui ouvre des horizons plus larges que l’assurance vie. Elle peut aussi détenir des sociétés civiles immobilières et on peut y mettre plusieurs gérants et co-gérants. Vous pouvez en prévoir la sortie, dans quel cadre et à quel prix. Une véritable méthodologie et une stratégie se mettent en place. La SCP a également un intérêt fiscal : elle optimise la fiscalité sur les revenus générés par les placements et l’impôt sur la fortune. Les personnes assujetties à l’ISF ont souvent intérêt à diminuer le montant de leurs revenus imposables. Or, si elles détiennent en direct des Sicav, actions ou obligations, les produits qu’elles tirent de ces placements sont ajoutés automatiquement à leurs revenus… Pas avec la SCP selon l’option fiscale que nous choisissons !

Propos recueillis par Gwenaëlle Guerlavais

Arènes 2017, Articles

Le programme Macron est-il bon pour votre épargne ?

Le nouveau président Emmanuel Macron affiche un programme fiscal tourné vers les classes populaires et moyennes et l’investissement. Revenus, dividendes, assurance-vie, immobilier, ISF, quelles conséquences sur votre gestion de patrimoine ? Question à un expert : Noël Barriati, gestionnaire de patrimoine à Nîmes (AGPF Consultant), co-fondateur des Arènes du Patrimoine. 

Doit-on s’attendre à une petite révolution en matière de patrimoine avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuelle Macron ? 

Pour l’heure, non, car le Président de la République l’a annoncé : il ne touchera pas au projet de loi 2017 et il reporte le prélèvement à la source du fait de la complexité et de l’impréparation de la chose. Mieux encore le premier ministre a évoqué une évaluation du dispositif, ce qui en l’état, ne garantit aucunement que ce système sera adopté tel que le souhaitait l’ancien gouvernement ! Concrètement, les épargnants peuvent continuer à approvisionner leur PERP – pour les salariés – et leur Madelin– pour les professions libérales-, car la défiscalisation des sommes sera bien prise en compte sur l’imposition de leurs revenus 2017. Autre éclaircie apportée par ce report : la déductibilité des travaux fonciers ne sera pas ramenée à 50%. L’année 2017 sera donc sans modification par rapport à 2016, ce qui n’était pas dans la tradition : François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, avait procédé à des changements dès leur élection. Emmanuel Macron semble avoir eu la sagesse de calmer le jeu et la volonté d’éviter une « révolution à paillettes ». 

Cela ne va pas rester en l’état. A quoi l’épargnant peut-il s’attendre ?

A priori la volonté du gouvernement Philippe est de procéder à de vraies réformes structurelles. L’une d’elles, la plus sensible, concerne les retraites avec une mesure phare : créer  d’ici 10 ans un système de « retraite par points » pour tous, en supprimant de facto le RSI (Régime social des indépendants) et la MSA (sécurité sociale agricole) d’ici 6 mois. Qu’est-ce que cela va changer ? Pour ceux qui sont à cinq ans de la retraite, rien ; ils ne sont pas concernés. Pour les autres, – avec toutes les réserves d’usage puisqu’il ne s’agit pour l’heure que d’un projet -, les régimes spécifiques vont disparaitre au profit d’un seul régime général qui ne différenciera plus les libéraux des salariés. 

 Faut-il en être inquiet ? 

Il faut de toute façon résoudre la quadrature du cercle : la France compte de plus en plus de retraités et de moins en moins de cotisants… Le Conseil d’Orientation des Retraites a revu ses chiffres début juin et il estime désormais que les déficits vont exploser dans les années à venir. L’équilibre du système est repoussé à 2040 et non plus à 2025 ! A terme, nous devrons donc cotiser plus et percevoir moins, fatalement. En revanche, le chef de l’Etat est catégorique : il ne modifiera pas à l’âge de départ à la retraite à 62 ans. 

L’une des modifications attendue est une baisse descotisations salariales contre une hausse de la CSG. Qui sera touché ?

Les grands perdants seront les retraités dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 14 375€ pour une personne seule et 22 051 € pour un couple. Pour faire simple, cela concerne surtout les retraités qui perçoivent plus de 1200€ net par mois. Mais le gouvernement a annoncé que cette hausse serait compensée par une exonération ou une diminution de la taxe d’habitation. Il faudrait faire des calculs fins pour voir si la compensation est réelle et totale. Dans la grande majorité des cas, les retraités doivent s’attendre à consentir non pas à un sacrifice mais un effort de quelques centaines d’euros par an. 

a-t-il des solutions patrimoniales ? 

Oui, les solutions traditionnelles pour payer moins d’impôt avec l’immobilier locatif. Si vous êtes propriétaire, faites des travaux pour baisser votre tranche marginal d’imposition. Pour 100 euros de travaux réalisés, l’économie est de 45,50 euros (tranche marginale d’imposition à 30%) et sera bientôt de 47,20 avec la réforme Macron. Et puis, pour les jeunes générations, enfonçons le clou : préparer d’ores et déjà votre retraite par capitalisation, « l’épargne-retraite » qui reste encore trop minoritaire. 

Dans quoi investir ? 

Pas dans du fonds euros en tout cas ! Avec la hausse de la CSG, le fond euros est mort. Les rendements tournent encore autour de 1,50, mais en 2018, on peut s’attendre à un taux inférieur à 1% ! « L’ère de la rente est terminée », comme le dit Pascal Bernachon, économiste chez KBL Richelieu Gestion. Gagner de l’argent dans son hamac à l’ombre d’un palmier est révolu. Il faut se retrousser les manches ! Il est indispensable de bien comprendre où l’on souhaite aller, réfléchir comment dans le monde qui nous entoure et prendre plus de temps pour réfléchir à ses placements ou les confier à des spécialistes. 

Concernant la fiscalité des plus-values et des dividendes, Emmanuel Macron propose de mettre en place une « flat tax » de 30 %. De quoi s’agit-il ? 

Le président souhaite taxer les revenus du capital à un taux unique de 30%. Mais les contribuables faiblement imposés auront toujours la possibilité de rester au barème..En fait, ce système va surtout favoriser l’épargne des personnes se situant dans les tranches marginales d’imposition les plus élevées qui devraient avoir le sentiment de « respirer » face à une taxation fiscale et sociale parmi les plus élevées des pays développés. 

Et l’ISF (impôt sur la fortune), quel sera l’impact de sa suppression ? 

Macron ne veut pas échouer après la réforme Sarkozy retoquee par Hollande.  Cette réforme s’adresse principalement aux patrimoines supérieurs à 2,5 millions d’euros. Cette suppression va les motiver pour investir dans des valeurs mobilières et délaisser les investissements locatifs  en direct dans l’immobilier physique. 

En conclusion, vous direz que Macron, c’est bon ou pas pour l’épargnant ? 

Bien qu’on ne puisse pas encore faire toutes les additions et les soustractions, je dirai que son programme ne va pas changer grand-chose pour les petits épargnants ou les personnes aux revenus faibles. L’avantage se fera surtout sentir pour les revenus moyens. Et l’épargne sera davantage dirigée vers des investissements « productifs » tournés vers l’entreprise plutôt que vers l’immobilier traditionnel. Face aux faibles rendements des solutions d’investissement traditionnelles éculées naissent des solutions de placements dits « atypiques » pour investisseurs avisés ou professionnels. L’Autorité des marchés financiers (AMF) attire particulièrement l’attention des investisseurs sur les risques inhérents à certains produits (éviter les achats de diamants en ligne très décriés en ce moment !). En revanche, vous pouvez confier un mandat de recherche à un Conseiller en Investissement Financier qui pourra vous présenter diverses solutions d’investissements par exemple en matière d’immobilier professionnel. Vous pourrez ensuite choisir directement et investir toujours selon vos objectifs, la durée d’investissement et votre profil de risque.
Gérer son épargne nécessite plus que jamais de s’entourer de personnes qualifiées !