Le programme Macron est-il bon pour votre épargne ?

Le nouveau président Emmanuel Macron affiche un programme fiscal tourné vers les classes populaires et moyennes et l’investissement. Revenus, dividendes, assurance-vie, immobilier, ISF, quelles conséquences sur votre gestion de patrimoine ? Question à un expert : Noël Barriati, gestionnaire de patrimoine à Nîmes (AGPF Consultant), co-fondateur des Arènes du Patrimoine. 

Doit-on s’attendre à une petite révolution en matière de patrimoine avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuelle Macron ? 

Pour l’heure, non, car le Président de la République l’a annoncé : il ne touchera pas au projet de loi 2017 et il reporte le prélèvement à la source du fait de la complexité et de l’impréparation de la chose. Mieux encore le premier ministre a évoqué une évaluation du dispositif, ce qui en l’état, ne garantit aucunement que ce système sera adopté tel que le souhaitait l’ancien gouvernement ! Concrètement, les épargnants peuvent continuer à approvisionner leur PERP – pour les salariés – et leur Madelin– pour les professions libérales-, car la défiscalisation des sommes sera bien prise en compte sur l’imposition de leurs revenus 2017. Autre éclaircie apportée par ce report : la déductibilité des travaux fonciers ne sera pas ramenée à 50%. L’année 2017 sera donc sans modification par rapport à 2016, ce qui n’était pas dans la tradition : François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, avait procédé à des changements dès leur élection. Emmanuel Macron semble avoir eu la sagesse de calmer le jeu et la volonté d’éviter une « révolution à paillettes ». 

Cela ne va pas rester en l’état. A quoi l’épargnant peut-il s’attendre ?

A priori la volonté du gouvernement Philippe est de procéder à de vraies réformes structurelles. L’une d’elles, la plus sensible, concerne les retraites avec une mesure phare : créer  d’ici 10 ans un système de « retraite par points » pour tous, en supprimant de facto le RSI (Régime social des indépendants) et la MSA (sécurité sociale agricole) d’ici 6 mois. Qu’est-ce que cela va changer ? Pour ceux qui sont à cinq ans de la retraite, rien ; ils ne sont pas concernés. Pour les autres, – avec toutes les réserves d’usage puisqu’il ne s’agit pour l’heure que d’un projet -, les régimes spécifiques vont disparaitre au profit d’un seul régime général qui ne différenciera plus les libéraux des salariés. 

 Faut-il en être inquiet ? 

Il faut de toute façon résoudre la quadrature du cercle : la France compte de plus en plus de retraités et de moins en moins de cotisants… Le Conseil d’Orientation des Retraites a revu ses chiffres début juin et il estime désormais que les déficits vont exploser dans les années à venir. L’équilibre du système est repoussé à 2040 et non plus à 2025 ! A terme, nous devrons donc cotiser plus et percevoir moins, fatalement. En revanche, le chef de l’Etat est catégorique : il ne modifiera pas à l’âge de départ à la retraite à 62 ans. 

L’une des modifications attendue est une baisse descotisations salariales contre une hausse de la CSG. Qui sera touché ?

Les grands perdants seront les retraités dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 14 375€ pour une personne seule et 22 051 € pour un couple. Pour faire simple, cela concerne surtout les retraités qui perçoivent plus de 1200€ net par mois. Mais le gouvernement a annoncé que cette hausse serait compensée par une exonération ou une diminution de la taxe d’habitation. Il faudrait faire des calculs fins pour voir si la compensation est réelle et totale. Dans la grande majorité des cas, les retraités doivent s’attendre à consentir non pas à un sacrifice mais un effort de quelques centaines d’euros par an. 

a-t-il des solutions patrimoniales ? 

Oui, les solutions traditionnelles pour payer moins d’impôt avec l’immobilier locatif. Si vous êtes propriétaire, faites des travaux pour baisser votre tranche marginal d’imposition. Pour 100 euros de travaux réalisés, l’économie est de 45,50 euros (tranche marginale d’imposition à 30%) et sera bientôt de 47,20 avec la réforme Macron. Et puis, pour les jeunes générations, enfonçons le clou : préparer d’ores et déjà votre retraite par capitalisation, « l’épargne-retraite » qui reste encore trop minoritaire. 

Dans quoi investir ? 

Pas dans du fonds euros en tout cas ! Avec la hausse de la CSG, le fond euros est mort. Les rendements tournent encore autour de 1,50, mais en 2018, on peut s’attendre à un taux inférieur à 1% ! « L’ère de la rente est terminée », comme le dit Pascal Bernachon, économiste chez KBL Richelieu Gestion. Gagner de l’argent dans son hamac à l’ombre d’un palmier est révolu. Il faut se retrousser les manches ! Il est indispensable de bien comprendre où l’on souhaite aller, réfléchir comment dans le monde qui nous entoure et prendre plus de temps pour réfléchir à ses placements ou les confier à des spécialistes. 

Concernant la fiscalité des plus-values et des dividendes, Emmanuel Macron propose de mettre en place une « flat tax » de 30 %. De quoi s’agit-il ? 

Le président souhaite taxer les revenus du capital à un taux unique de 30%. Mais les contribuables faiblement imposés auront toujours la possibilité de rester au barème..En fait, ce système va surtout favoriser l’épargne des personnes se situant dans les tranches marginales d’imposition les plus élevées qui devraient avoir le sentiment de « respirer » face à une taxation fiscale et sociale parmi les plus élevées des pays développés. 

Et l’ISF (impôt sur la fortune), quel sera l’impact de sa suppression ? 

Macron ne veut pas échouer après la réforme Sarkozy retoquee par Hollande.  Cette réforme s’adresse principalement aux patrimoines supérieurs à 2,5 millions d’euros. Cette suppression va les motiver pour investir dans des valeurs mobilières et délaisser les investissements locatifs  en direct dans l’immobilier physique. 

En conclusion, vous direz que Macron, c’est bon ou pas pour l’épargnant ? 

Bien qu’on ne puisse pas encore faire toutes les additions et les soustractions, je dirai que son programme ne va pas changer grand-chose pour les petits épargnants ou les personnes aux revenus faibles. L’avantage se fera surtout sentir pour les revenus moyens. Et l’épargne sera davantage dirigée vers des investissements « productifs » tournés vers l’entreprise plutôt que vers l’immobilier traditionnel. Face aux faibles rendements des solutions d’investissement traditionnelles éculées naissent des solutions de placements dits « atypiques » pour investisseurs avisés ou professionnels. L’Autorité des marchés financiers (AMF) attire particulièrement l’attention des investisseurs sur les risques inhérents à certains produits (éviter les achats de diamants en ligne très décriés en ce moment !). En revanche, vous pouvez confier un mandat de recherche à un Conseiller en Investissement Financier qui pourra vous présenter diverses solutions d’investissements par exemple en matière d’immobilier professionnel. Vous pourrez ensuite choisir directement et investir toujours selon vos objectifs, la durée d’investissement et votre profil de risque.
Gérer son épargne nécessite plus que jamais de s’entourer de personnes qualifiées !